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Elaine Paiva Mosconi univeristé de Sherbrook

Elaine Mosconi, professeure l’École de Gestion de l’Université de Sherbrooke

“J’ai l’impression que les femmes sont plus portées à considérer les personnes, la collaboration et à s’intéresser à la communauté. “

Elaine Mosconi, professeure au Département de systèmes d’information et méthodes quantitatives de gestion à l’École de Gestion de l’Université de Sherbrooke (UdeS).

Pouvez-vous nous dire qui vous êtes et nous en dire plus sur ce que vous faites ?

Je suis actuellement professeure à l’École de Gestion de l’Université de Sherbrooke (UdeS). Je suis titulaire d’un Doctorat en administration des affaires de l’Université Laval, d’une maîtrise en Génie industriel de l’Université de São Paulo et d’un baccalauréat en Sciences de l’information de l’Université Fédérale de São Carlos, Brésil. Je suis co-responsable du programme en 2e cycle sur la Gestion et intelligence manufacturière(GIM) et j’enseigne la gestion des technologies d’affaires dans divers programmes.

Je suis aussi dans plusieurs initiatives comme :

  • Je m’intéresse à la transformation numérique des entreprises manufacturières et j’ai co-fondé Intellilab, un groupe de recherche qui se veut catalyseur d’innovation en réponse aux défis posés par la 4e Révolution industrielle pour ce secteur.
  • Je suis aussi co-fondatrice du Centre d’Excellence sur la gestion de l’entreprise manufacturière innovante CEGEMI et de son du Living Lab.
  • Je suis aussi impliquée dans l’initiative CoRoM (Collaborative Robotics on Manufacturing). Un regroupement de chercheurs qui s’intéresse à la robotique collaborative, à l’intégration et à l’adoption de cette technologie dans le secteur manufacturier.
  • De plus, j’ai des collaborateurs à l’international dans le réseau SupplyChain4.org (Collaborative Research Network on Supply Chain 4.0) et je fais partie d’un regroupement américain sur la transformation de la nature du travail à l’ère des machines intelligentes WAIM.Network.

Le fil conducteur de tout ce que je fais et de toutes les initiatives dans lesquelles je suis impliquée est mon intérêt pour les changements qui apportent les nouvelles technologies dans les organisations et comment les intégrer pour qu’elles viennent supporter la pérennité des organisations.

Pouvez-vous me faire un retour sur votre expérience en tant que femme dans le domaine technologique et manufacturier?

J’ai l’impression que les femmes sont plus portées à considérer les personnes, la collaboration et à s’intéresser à la communauté.

Pas besoin de dire que je suis une passionnée des technologies après toutes ces implications. Le choix des technologies s’est imposé très vite à moi. À 14 ans, j’ai suivi mon premier cours en programmation ! À l’époque, au début des années 90, j’étais la seule fille dans le groupe, ce n’était pas la norme pour les filles, mais j’étais naïve et à ce moment, je ne voyais pas de barrières. Plus tard, j’ai trouvé des embûches dans mon parcours, mais j’ai toujours trouvé intéressant de pouvoir, en tant que femme, apporter un point de vue différent.

Mes collègues masculins s’intéressaient, et s’intéressent toujours, plus à la technologie en tant que telle, alors que moi je m’intéresse davantage à son usage et à la manière dont elle change notre vie, notre vision du travail et la structure de nos organisations par les échanges qu’elle permet.

J’ai l’impression que les femmes sont plus portées à considérer les personnes, la collaboration et à s’intéresser à la communauté. Être une femme me permet d’avoir un regard différent de celui de mes collègues masculins, de m’intéresser à de nouveaux aspects.

Le manufacturier est aussi un secteur très masculin où beaucoup occupent des fonctions qui leur font perdre le contact avec la réalité. Un travail parfois aliénant. Je pense qu’une plus grande présence des femmes permettrait de porter ce regard plus loin, plus collectif et collaboratif. J’ai l’impression que c’est ce vers quoi le secteur manufacturier devrait s’orienter pour devenir plus attractif et plus inclusif.

Quelle(s) barrière(s) le fait d’être une femme a-t-il créé pour vous ? Et qu’est-ce que cela vous a permis d’accomplir ?

Mais je n’ai jamais pris le fait d’être une femme comme un inconvénient, ma sensibilité m’a beaucoup aidé à évoluer dans les différentes positions que j’ai eu.

Pour moi, la grande différence entre les hommes et les femmes est le niveau de reconnaissance de l’expertise. Les femmes ont besoin de travailler plus fort pour montrer qu’elles sont compétentes dans un domaine très masculin.

Ça prend plus de temps de recevoir du crédit et de la reconnaissance en tant que femme dans un domaine masculin, comme les domaines technologique ou manufacturier. J’en ai parlé avec d’autres femmes et nous partageons ce sentiment d’être, à compétences égales avec un homme, toujours considérées comme des débutantes. Ça nous prend plus de temps, et d’énergie, pour avoir des positions de leadership. Aussi, la plupart des entreprises que je rencontre ont des hommes comme dirigeants, et ont tendance à rester entre eux.

Pour la petite (et triste) anecdote, il m’est souvent arrivé de dire quelque chose et voir que la personne en face de moi, se retourne vers mon collègue pour qu’il valide ce que je viens de dire tient la route.

Mais je pense que le plus dur, c’est en début de carrière. En tant que femme, il faut toujours prouver qu’on est compéntente, pour gagner la confiance des autres.  

Une autre différence qui est partagée par toutes les femmes, dans tous les domaines, est qu’en tant que femmes, si tu parles plus haut que le ton normal d’une discussion, on va te prendre pour une folle ou une hystérique. Alors qu’on pensera d’un homme qu’il est énergique et sûr de lui. En tant que femme, on ne peut pas se permettre de se fâcher, même à des situations fâcheuses, et de perdre le contrôle. Nous devons prendre une respiration de plus à chacune de nos interventions. À ce sujet, je suis contente de voir la publicité Nike/ Serena Williams.

Mais je n’ai jamais pris le fait d’être une femme comme un inconvénient, ma sensibilité m’a beaucoup aidé à évoluer dans les différentes positions que j’ai eu. Je pense que mon intuition et ma sensibilité m’ont permis de mieux comprendre les besoins des clients et d’avoir des idées que mes homologues masculins n’avaient pas. Au risque de me répéter, je pense qu’en tant que femme, je suis plus tournée vers l’usage, vers l’impact qu’aura la technologie et sur la manière dont les gens vont vivre l’intégration de la technologie dans leur quotidien et dans leur travail.

D’après vous, qu’est-ce qui doit être fait au niveau de l’éducation pour que plus de jeunes filles choisissent les filières technologiques ?

Aujourd’hui, nous sommes à l’ère du numérique, dans une période où l’on a accès à beaucoup d’information. Les jeunes accordent beaucoup d’importance aux influenceurs. Je pense que pour faire tomber les barrières qui empêchent les jeunes filles de rejoindre les filières technologiques, il faut utiliser les médias sociaux et les influenceurs.

À cet égard, les initiatives de ma collègue Eve Langelier, titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec, sont très intéressantes.

On devrait aussi parler et diffuser les activités des femmes leaders dans les domaines scientifiques et technologiques.

Comment voyez-vous le futur des femmes dans le monde technologique ? Est-ce que d’après vous le secteur réussira à attirer plus de femmes ?

C’est clair que les femmes n’ont pas, jusqu’à présent, de reconnaissance à la hauteur de  leurs contributions en lien avec les technologies. Mais on commence à prendre de la place dans ce domaine. Comme j’ai mentionné, la plupart des entreprises ont des dirigeants masculins, et qui doivent être sensibilisés aux défis que peuvent vivre les femmes dans un domaine où la culture du travail est encore masculine.

Aussi, il est important de penser au développement de l’intelligence artificielle et des algorithmes et de la culture autour des technologies émergentes. Il est indispensable que les femmes s’impliquent pour influencer le développement de ces technologies pour apporter leur vision, leurs modèles mentaux afin de contribuer à définir ce que sera le futur.

On s’oriente vers le développement des technologies qui prendront soin des humains, des animaux, de la planète, et pour ça, il est nécessaire d’avoir des femmes, notamment pour garder une perspective inclusive, collective et « sustainable ».

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