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Chloé Freslon temoignage pour BRIDGR sur la place de la femme dans l'industrie et le monde technologique

“Mon objectif c’est que prochainement on puisse citer un équivalent féminin à Steve Jobs” Rencontre avec Chloé Freslon

Rencontre avec Chloé Freslon, chroniqueuse, consultante sur la place des femmes en tech et co-fondatrice du « manifeste des femmes en tech ». A travers sa compagnie URelles, elle travaille à promouvoir au quotidien la place des femmes en tech et aide les compagnies technologiques à recruter et à garder des femmes dans leurs effectifs.

De quels constats sont parties tes initiatives ?

J’ai toujours travaillé dans le web, toujours avec des hommes. Alors j’ai voulu me renseigner sur la place des femmes dans ce domaine. En commençant mes recherches, j’ai ouvert la boîte de Pandore. J’ai constaté comme les femmes étaient absentes de ce domaine et à quel point c’était dommageable, pour l’industrie, et pour les femmes.

C’est à partir de ce moment que j’ai voulu montrer qu’il y avait de la place pour les femmes en tech. Ça a commencé avec un blog au journal Métro, puis des chroniques dans d’autres médias, des panels, des conférences et j’ai été approchée par des compagnies. En 2018, j’ai créé le premier podcast sur les femmes en technologie au Québec : URelles qui rassemble des chroniqueuses de tous âges et backgrounds. Puis j’ai co-fondé le Manifeste des Femmes en Tech . C’est un manifeste plus militant et activiste qui demande la parité dans les évènements technologiques et qui propose une trousse à outils pour y arriver.

Mon objectif avec ces initiatives c’est que prochainement on puisse citer un équivalent féminin à Steve Jobs.

Peux-tu nous donner des exemples d’actions qui peuvent être mise en place pour promouvoir une plus grande présence des femmes dans les nouvelles technologies ?

Il y a plusieurs actions qui peuvent être entreprises selon qui l’on est et ce que l’on veut faire.

Par exemple, du point de vue des médias, un journaliste peut se mettre comme objectif d’introduire la parité dans ses interviews. Il faut se mettre un objectif et s’y tenir. Après il suffit de se faire des listes d’expertes, de chercheuses… Les expertes sont là, il faut juste les trouver et leur donner la parole.

Au niveau des évènements, si l’on est quelqu’un d’influent dans le milieu, on peut tout simplement refuser d’assister à un panel s’il n’y a pas de femmes. C’est un peu plus militant mais on assiste maintenant à une forme de compétition à celui qui sera le plus vertueux. Il y a un effet boule de neige, un cercle du plus vertueux.

As-tu des exemples d’initiatives qui ont bien fonctionné ?

1. Initiative « AI Summer Lab »

En 2018, la fondation OSMO a lancé l’initiative « AI Summer Lab ». Ce programme a permis à 30 jeunes femmes d’apprendre les concepts techniques de l’intelligence artificielle, de rencontrer des gens et d’acquérir des compétences en développement de produit et en design. Cette initiative a fait naître des vocations et a permis à des femmes de découvrir un nouveau secteur dans lequel s’épanouir.

2. Disney face à la pénurie de main d’œuvre en TI

Certaines entreprises ont également lancé des initiatives intéressantes. Ainsi, Disney face à la pénurie de main d’œuvre qui frappe ses services TI a décidé de proposer un programme destiné aux employées de tous ses départements. L’idée est de faire découvrir et d’apprendre à ces femmes la programmation, puis, à la fin du bootcamp, c’est à elles de choisir si elles veulent changer de carrière ou reprendre leur job. C’est rassurant pour elles de savoir qu’elles peuvent découvrir autre chose sans prendre le risque de perdre leur emploi ou changer de compagnie.

3. Slack

Mais il n’est pas nécessaire d’être une grande entreprise comme Disney pour promouvoir la diversité. Un bel exemple d’initiative pour promouvoir la diversité provient de l’entreprise Slack. Slack a 35% de femmes à des postes techniques. Comment ils y sont arrivés ? En décidant de ne pas avoir de responsable de la diversité car pour eux, la diversité et l’inclusion est l’affaire de tous. Si un individu est nommé responsable de la diversité, ce sera lui le responsable, alors que si personne n’est nommé, tout le monde devient responsable. Ainsi tous les employés de l’entreprise sont encouragés à penser à l’inclusion et à la promotion de la diversité dans chacune de leur décision.

L’être humain est paresseux, souvent on cherche des solutions pas chères, faciles à mettre en place et à effet immédiat. Mais ce n’est pas comme ça dans la réalité. La problématique de la place des femmes existe depuis des dizaines d’années. Les dynamiques de genres sont bien ancrées et ces changements ne se feront pas en deux jours. Il faut persister, continuer à promouvoir la place des femmes et cela marchera. Et c’est en changeant les perspectives de carrières des femmes que l’on encouragera d’autres femmes à rejoindre le secteur.

Quelle est ton retour d’expérience en tant que femme dans le domaine technologique ?

À mes débuts dans le Web dans la vingtaine, c’était difficile pour moi de naviguer au sein d’un environnement dont je ne comprenais pas les codes, les non-dits et les façons de faire que l’on ne m’avait pas appris à l’école. Dans les réunions je me sentais remise en question, jugée sur mon apparence… Alors j’ai cherché à gommer ma féminité pour être vue comme une employée comme les autres et non comme une fille. Évidemment, ça n’a pas marché. Quand on est jeune, on essaie de se fondre dans la masse, de ressembler au groupe. Puis quand j’ai réalisé que c’était peine perdue, que je ne pourrais pas changer et que ce n’était pas moi le problème, j’ai décidé de faire quelque chose.

Lorsque l’on prend conscience de la différence de traitement entre les hommes et les femmes, c’est difficile de ne pas le noter tous les jours, et j’ai senti que je devais agir.

Aujourd’hui il y a des femmes qui ne sont pas en tech qui m’écrivent parce qu’elles se sentent concernées. C’est exaltant et très satisfaisant de voir l’entraide qu’il y a entre les femmes et comme la couverture médiatique de ce sujet augmente.

Avant la création du blog au journal Métro, personne ne parlait de la place des femmes et aujourd’hui c’est un sujet qui est régulièrement couvert. Ça devient même parfois un argument marketing. À mes yeux ce n’est pas grave, même si ça devient un argument marketing, au moins, on en parle !

Et les hommes dans tout ça ? Sont-ils prêts à embaucher plus de femmes ?

Je pense que nous sommes dans une période très positive. Il y a deux ans, les gens pensaient qu’il fallait plus de femmes dans les entreprises, aujourd’hui, ils le disent ! La plupart des compagnies ont compris que recruter dans la diversité était une question de survie. Évidemment, l’augmentation du nombre de femmes ne fait pas l’affaire de tous, mais la majorité des employés voient d’un bon œil l’intégration de celles-ci. Ils savent que la diversité et l’inclusion font grandir toute l’entreprise.

Comment vois-tu le futur des femmes dans le monde technologique ?

On ne peut pas construire d’intelligence artificielle uniquement avec des hommes blancs.

Je pense que ce secteur est de plus en plus attirant pour les femmes. Depuis le temps que je m’intéresse au sujet, je vois déjà une évolution. Les femmes voient les perspectives de travailler dans cette industrie de l’innovation et du changement. Les salaires proposés dans le monde technologique sont bons et il y a de nouveaux métiers qui se créent donc la place des femmes ne fait qu’augmenter. Par ailleurs, les soft skills sont de plus en plus recherchés et les femmes les ont. Donc je pense que le secteur attirera de plus en plus de femmes. Et heureusement ! On a besoin de diversité. Aujourd’hui on parle beaucoup d’intelligence artificielle, on ne peut pas construire d’intelligence artificielle uniquement avec des hommes blancs. Il faut insérer la diversité pour que cela fonctionne.

Qu’est ce qui doit être fait au niveau de l’éducation pour que plus de jeunes filles choisissent les filières technologiques ?

Aujourd’hui, il y a déjà des campagnes mises en place pour attirer les filles vers des filières technologiques, mais elles sont encore timides. Si l’on ne propose pas des filières technologiques aux jeunes filles, ce sera plus dur de les avoir sur le marché.

Mais montrer aux jeunes filles les diplômes qui existent ce n’est pas suffisant, il faut aussi leur expliquer concrètement ce qu’elles peuvent faire avec leur diplôme. Des études ont démontré que les filles avaient besoin de mener des actions qui ont un impact positif. Il faut donc leur montrer que la technologie peut aussi servir à ça, au lieu de montrer une image abstraite des métiers technologiques. Quand on dit à une petite fille «informaticienne», elle s’imagine solitaire dans une cave, c’est cette image qu’il faut changer !

As-tu une anecdote que tu aimerais partager avec nous ?

Tout ce que je fais aujourd’hui est parti du blog au journal Métro mais au début, si j’ai commencé ce blog c’était avant tout pour moi. Bien sûr, je voulais que les gens me lisent, mais ce que je recherchais avant tout c’était de rencontrer ces femmes inspirantes et de grandir à leur contact. Avec le temps mon blog a inspiré d’autres lectrices, d’autres femmes, mais c’est moi la grande gagnante de cette aventure. C’est une telle chance de pouvoir partager tout ça. Je me sens redevable auprès de toutes ces femmes qui m’ont ouvert leur cœur et qui m’ont raconté leurs histoires.

Rencontre avec Chloé Freslon, chroniqueuse, consultante sur la place des femmes en tech et co-fondatrice du « manifeste des femmes en tech ». A travers sa compagnie URelles, elle travaille à promouvoir au quotidien la place des femmes en tech et aide les compagnies technologiques à recruter et à garder des femmes dans leurs effectifs.

Clementine Roy

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